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Le pop-up (1/5) : présentation


Un chasseur ne peut pas toujours larguer ses bombes depuis une altitude et une distance de sécurité : parfois, il faut opter pour une approche basse et très dynamique afin de maximiser l'effet de surprise : c'est le pop-up.

À quoi ça sert donc tout ça ?

 
Comme résumé ci-dessus en une question, pourquoi se compliquer et risquer sa vie à faire tout un tas de manœuvres compliquées les unes derrière les autres à basse altitude et dans un espace de temps extrêmement réduit.

Pour comprendre l'utilité du pop-up et son exécution, il est indispensable de passer par une petite explication.

La plupart des tactiques de bombardement ont un principe commun, détruire un objectif assigné le plus précisément possible tout en préservant l'appareil attaquant et son pilote. Afin de respecter ce principe, au moins deux types de réflexions peuvent être engagées :
  • La première, la plus simple et la plus sûre, consiste à faire en sorte que l'appareil attaquant évolue en dehors des systèmes de défense entourant l'objectif à traiter. Pour ce faire, l'emploi de nos jours d'armes guidées pouvant être larguées à distance de sécurité (NDLR : au-delà de la portée maximale des systèmes de défense ennemis) est une tactique très largement utilisée.
  • Cependant, il peut s'avérer impossible de délivrer de tels armements du fait de la présence d'une forte couverture sol-air longue portée (cas qui arrive relativement rarement au vu des retours des théâtres d'opération actuels). Il est alors possible de raisonner différemment. Ainsi, si l'on est obligé de rentrer dans la zone létale du système défensif ennemi, il est envisageable de faire en sorte que ce dernier ne puisse utiliser ses défenses de manière efficace. Pour arriver à nos fins, il est alors pertinent de s'intéresser aux limites des systèmes et de leurs opérateurs.
Or, la principale limite des systèmes gérés par un humain est le temps de réaction de ce dernier lorsqu'il est surpris. Malheureusement, l'automatisation et la simplification des systèmes actuels a tendance à bien améliorer le temps de réaction des défenses sol-air et il est crucial de bien déterminer le niveau des systèmes qui seront rencontrés.
Une seconde limitation est liée aux limitations du matériel (vitesse de balayage, nombre de cibles pouvant être poursuivies simultanément, etc.) et aux procédures parfois complexes et difficiles pour le mettre en œuvre lorsque l'on gère un système SAM, une batterie AAA ou un MANPAD. Il semble ainsi possible de grappiller quelques secondes en utilisant au mieux ces limitations afin de pouvoir réaliser une passe de bombardement. Au vu de l'unité de temps énoncée, on commence à bien se douter que la tactique risque de se faire à haute vitesse et sous des facteurs de charges assez violents.
 

À ce stade, la question qui se pose est : comment surprendre l'ennemi ?

 

Tout d'abord, à l'aide du renseignement. De la même façon que protéger l'axe des pistes d'un aéroport par du AAA ou des MANPADs semble tout à fait logique, certains objectifs sont défendus selon un principe tout aussi prédictif. Couplé à du renseignement photographique, il est alors possible de déterminer précisément les positions des défenses et les axes qu'elles protègent. Le principe est alors d'attaquer d'une manière sans doute plus difficile mais surtout inattendue des défenseurs. Ensuite, il semble crucial également de rester inaperçu le plus longtemps possible. À l'heure des radars, le plus simple est d'essayer de passer sous la couverture de ces derniers ou de masquer notre présence à l'aide du relief. Cependant, même si l'on vole à basse altitude, rien ne dit que l'adversaire ne pourrait pas capter notre écho à un moment donné.
 
Ensuite, le vol à basse altitude nous expose à un éventuel réseau de guet qui pourrait alors avertir les défenseurs de notre arrivée et de notre axe d'approche. Or, cette alerte briserait l'effet de surprise qui est tout de même le principal atout de cette tactique. Enfin, attaquer en basse altitude pose souvent un souci dans la précision du bombardement. En effet, le point d'impact évoluant plus vite, il est complexe de viser un point visé de manière précise. De plus, l'angle d'approche de l'avion a tendance à donner une possible erreur de pointage, erreur qui sera bien sûr décisive lors du largage car le point d'impact pourrait être plus éloigné de la cible que le pilote l'avait estimé.
Afin de conserver l'effet de surprise, il peut alors être très intéressant de faire en sorte que la trajectoire dapproche de la cible et celle de l'axe de bombardement ne soient pas confondues.
Afin d'être imprévisible, l'axe dapproche devrait être complètement décalé de celui de l'attaque. A partir de là, deux types dapproches peuvent être envisagées :
  • L'axe d'approche pointe vers la cible. Pour dérouter les défenseurs un virage d'éloignement est engagé afin de s'en écarter. Un second virage permet ensuite de revenir sur une trajectoire convergente afin de délivrer l'armement (Fig.1). C'est un pop-up de type 1.
  • L'axe d'approche ne vise pas du tout la cible. Au moment où l'on arrive à un point déterminé et situé à proximité de la cible, le pilote engage un virage vers elle afin d'aller la bombarder (Fig.2). C'est un pop-up de type 2.

Image attachée: Pop-up 1-5 - Figure 1.jpg

Figure 1. Représentation schématique en 3 dimensions d'une attaque pop-up de type 1.
 
Image attachée: Pop-up 1-5 - Figure 2.jpg

Figure 2. Représentation schématique en 3 dimensions d'une attaque pop-up de type 2.

 
Dans les deux cas, le cap d'attaque est différent du cap d'approche. En théorie, l'ennemi devrait être surpris lorsque l'avion arrivera sur la cible. Cependant, le pop-up de type 1 a plutôt vocation à dérouter les défenseurs par le nombre de virage effectués, tandis que le pop-up de type 2 a plutôt vocation à tromper l'ennemi en gardant le flou sur la véritable cible attaquée. Le pop-up de type 2 est par ailleurs plus difficile à conduire car il implique l'utilisation obligatoire de points tels que VRP/VIP (Visual Reference Point / Visual Initial Point), PUP (Pull-Up Point) et OA (Offset Aimpoint).
 
À ce stade, nous n'avons abordé que les manœuvres sur le plan horizontal. Or, si nous envisageons de réaliser cette approche uniquement sur ce plan, certains éléments risquent de nous compliquer la vie :
  • Premièrement, nous risquons d'arriver à grande vitesse et basse altitude afin de minimiser l'exposition. Comme nous l'avons vu, un largage en palier dans ces conditions peut être relativement imprécis en CCRP ou CCIP. Il est donc important d'envisager de prendre de la hauteur afin d'augmenter la précision.
  • De plus, nous envisageons de nous servir d'un relief pour nous masquer des défenseurs et approcher de la cible sous un cap moins défendu (ce qui suggère d'éviter de passer par le creux de la vallée pour attaquer). La présence de ce relief nous oblige alors à prendre de la hauteur afin de l'éviter, puis piquer vers la cible.
Il est alors indispensable d'intégrer une composante verticale au pop-up. À nouveau, tout sera preuve de compromis. Trop haut et vous serez longtemps exposé aux menaces, trop bas et votre passe de bombardement sera si rapide que la précision ne sera pas forcément au rendez-vous, si vous ne vous prenez pas le relief avant. Ce compromis se basera donc sur les menaces en place, le relief, en bref, sur l'environnement de la cible.
Ainsi, si sur zone un SA-2 a été référencé, vous savez grâce au Tactical Threat Guide (TTG01) que ce dernier ne peut engager des cibles à moins de 3 nm et sous 1600 ft AGL. À partir de là, une fois dans la zone Safe du SA-2 et sans autre menace, vous pouvez grimper à convenance afin de bien ajuster la cible au piqué. À l'inverse, sur une zone regorgeant de MANPADs et de AAA, il vous sera difficile d'aller haut sans vous faire tirer dessus.
À partir de là, vous avez pu saisir tout l'intérêt du pop-up ainsi que ses limitations impliquant des compromis.
 
Vous pouvez maintenant passer à la partie suivante pour apprendre comment planifier le pop-up.


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