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Le pop-up (2/5) : planification


S'il est possible d'improviser une attaque pop-up à partir de quelques valeurs connues de mémoire, il est le plus souvent nécessaire de planifier l'attaque avec précision en fonction de nombreux paramètres dans le but d'augmenter la survavibilité des attaquants. Cet article tâche d'expliquer comment.
Rappel des épisodes précédents :Tout d’abord, la première chose à faire est d’évaluer la faisabilité de l’attaque.
 
Il n’y a pas d’environnement idéal pour un pop-up. Le tout est une affaire de compromis et d’opportunités. Par exemple, un pop-up en zone montagneuse est extrêmement difficile à réaliser. Le nombre de caps d’attaque possibles est grandement réduit par les reliefs environnants. Cependant, le relief environnant peut également être un atout si l’on s'en sert comme masque radar/visuel/sonore lors de la montée et s’il n’est pas trop haut pour gêner l’acquisition visuelle de la cible.
À l’inverse, un terrain plat peut sembler idéal pour la réalisation d’un pop-up. Il faut cependant tenir compte des limitations du système de défense autour de la cible. Attaquer en zone découverte une cible défendue par un SA-8 risque de finir en véritable boucherie pour les appareils attaquants.
À nouveau, il est donc absolument primordial d’étudier la configuration des menaces sur zone. Il est évident qu’attaquer une cible défendue par un SA-2 n’est pas du tout la même chose que si elle est défendue par un SA-8. L’un des systèmes est dimensionné pour une interception à moyenne portée tandis que l’autre se charge de la courte portée. Attaquer en terrain découvert un site à proximité d’un SA-8 est ainsi quasiment suicidaire. Le plancher d’engagement étant de 80 ft, il est impossible de passer en-dessous. Le site est de plus capable d’engager n’importe quel appareil dans une bulle de 5 nm tandis que le radar balaie les 360° de l’horizon en moins de 2 secondes. Si le SA-8 est seul sur zone, il est largement préférable de remiser le pop-up au placard et envisager une attaque au-dessus de 12 000 ft afin de se retrouver au-dessus de son plafond d’engagement.
L'emplacement du soleil est également un facteur essentiel. Il est parfois plus intéressant d'attaquer avec une trajectoire qui ne semble pas la meilleure mais qui permet d'attaquer avec le soleil dans le dos. Premièrement, afin d’avoir un meilleur rendu de la cible (il est plus simple de voir un bâtiment dont les murs sont éclairés par le soleil que d'arriver en ne distinguant que de vagues ombres). Deuxièmement, afin d’aider à leurrer certains MANPADs de première génération tel que le SA-7.
Un dernier facteur à prendre en compte, mais ici dans le cas d'attaque à plusieurs éléments, est le sens du vent. Un vent rabattant la fumée dans l'axe d'attaque d'un second chasseur peut conduire à l'annulation de la passe du fait d’un manque de visuel. Ce point arrive bien plus souvent qu'on ne l'imagine.
 
Dans l’exemple de planification que je vais utiliser comme base, je pose comme scénario l’attaque d’un objectif situé sous la défense d’un SA-2, d’un SA-5 et de SA-7. La présence du SA-5 empêche une approche haute altitude, nous obligeant à effectuer un pop-up. Les caractéristiques du SA-2 (une distance maximale d’engagement de 18,3 nm, une distance minimale d’engagement de 4,3 nm, un plafond maximum d’engagement de 82 000 ft, un plancher minimal de 1640 ft, un balayage radar de 60° par seconde et une capacité d’engagement mono cible) font que la planification de cette tactique est tout à fait réalisable.
 
Le SA-2 ne pouvant nous engager en dessous de 4,3 nm, il est préférable de faire débuter la montée du pop-up au plus tôt à cette distance. À noter, on parle bien de 4,3 nm du site SAM et pas du target. Si le SAM est situé derrière le target, il y a des chances que vous vous retrouviez dans la zone d’engagement du système lors de la montée.  Dans notre cas, le SA-2 et le target sont superposés.
 
Deuxième paramètre, l’approche devra être effectuée impérativement sous 1640 ft afin de ne pas être engagé par le SA-2. Cependant, le SA-5 en couverture présente un plancher d’engagement de 980 ft. Cette valeur plus restrictive nous oblige à diminuer l’altitude d’approche d’autant. Une approche à 500 ft AGL sera donc choisie. Autre point important à considérer. Attention à l’altitude des sites SAM. Si ces derniers sont situés en hauteur, leurs planchers d’engagements augmentent. Il est ainsi plus facile de passer en-dessous de la couverture d’un SA-5 situé plus haut que les reliefs environnants que passer en-dessous de cette même couverture si le SA-5 est placé sur une plaine bien plate.
 
Pour terminer, les SA-7 posent un problème en courte portée, les manœuvres devront alors être assez agressives afin d’empêcher les tireurs d’ajuster. Un soleil dans le dos améliorera les chances de survie en gênant les tireurs et les autodirecteurs infrarouges.
 
Concernant la vitesse, cette dernière doit :
  • être suffisamment élevée pour limiter le temps d’exposition lors de l’approche à basse altitude ;
  • ne pas être trop élevée non plus pour laisser de la marge afin de piloter en sécurité à basse altitude ;
  • respecter les limites structurelles de l’avion et de ses emports ;
  • être compatible avec le type de largage choisi.
En général, une vitesse comprise entre 450 kt et 500 kt TAS est retenue. Dans notre cas, nous retiendrons 500 kt TAS.
Concernant les facteurs de charge associée aux manœuvres, ces derniers sont généralement compris entre 3 et 5G. Plus le facteur de charge est élevé, plus la manœuvre risque d’être rapide et violente et donc difficile à réaliser. Il limite cependant en partie les temps d’exposition aux menaces et contribue à la désorientation des défenseurs. Un facteur de charge plus léger laisse davantage de marge pour rattraper les petites erreurs. À l’inverse, il augmente le temps d’exposition aux menaces et permet aux défenseurs de mieux ajuster leurs visées. Il est également important de prendre en compte les limitations des emports. Certains emports appréciant modérément un facteur de charge de 5G. Il faut aussi avoir conscience qu'un facteur de charge élevé prend plus de temps à être atteint. Certes nous parlons ici d'une seconde, mais le dosage requis en termes de pression sur le stick demande plus d'effort de la part du pilote à 5G plutôt qu'a 4G. Dans certains cas, cette différence de timing, aussi légère soit elle, peut compliquer la tâche à un pilote moins expérimenté. Dans notre cas nous retiendrons une valeur de 5G du fait de la présence de SA-7 sur la zone cible.
 
Pour récapituler, après avoir pris en considération les menaces sur zone, nous projetons de planifier un pop-up dont les caractéristiques principales sont les suivantes :
  • approche à 500 ft AGL, 500 kt TAS ;
  • montée à une distance maximale de 4,3 nm de la cible ;
  • manœuvres réalisées sous un facteur de charge de 5G.
À ce moment, il est important d’aborder la terminologie qui sera employée par la suite. Les pop-up sont matérialisés par un ensemble de points remarquables (Fig.1).
  • Initial Point (IP) : ce point est commun à toutes les attaques air-sol, il permet un bon alignement sur l'axe d'approche. Arrivé sur ce point, le chasseur vérifie une dernière fois la procédure de fence in, il vérifie également que son cap d'attaque et sa vitesse correspondent bien à ce qui a été planifié.
  • Action Point (AP) : Il s'agit du point où la première manœuvre du pop-up va être initiée. Passé ce point, le pilote commencera le premier virage vers le « pull heading » planifié.
  • Pull-Up Point (PUP) : il s'agit du point où le pilote, stabilisé sur le « pull heading », amorcera sa montée.
  • Pull-Down Point (PDP) : ce point correspond au moment où il faut renverser l'avion vers la cible. Aussi appelé « roll in ».
Enfin le dernier point sur lequel est centrée toute l’attaque est le point target lui-même. Une fois tous ces éléments définis, tous les autres découleront d’eux-mêmes au cours  de la planification.
 

Image attachée: Pop-up 2-5 - Figure 1.jpg

Figure 1. Représentation schématique classique des  trajectoires horizontales d'un pop-up.

 
Vous pouvez maintenant passer à la partie suivante pour apprendre comment mettre en pratique cette planification à l'aide du Weapon Delivery Planner.


1 Comments

Merci beaucoup pour ces tutoriels, tout seul ..certaines infos sont difficiles a extraire des docs disponibles, beau boulot de mis en forme et très agréable a lire. Je vais largement m'inspirer de vos écrits pour mon escadron. Encore un grand merci. 

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